DE LA MENUISERIE EN GENERAL
«Fi Bled Mikki, ma yaf’riha ghir Pif !»
Dicton algérien
A l’heure où je rédige cette chronique, Belkhadem n’a peut-être pas encore entamé la lecture du programme de celui qui l’a nommé coordinateur du gouvernement. Mais là, comme çà, sans voir comme disent les joueurs de poker, je suis en mesure de vous réciter un certain nombre de phrases qu’il aura très certainement assénées à des députés vachement consentants.
Eh oui ! Tout comme vous, à force d’avoir été contraint à l’insu de mon plein gré de les supporter depuis 45 ans, je sais au paragraphe près, à la virgule près ce que va dire un chef du gouvernement à la N.R.N, la Non Représentation Nationale. Morceaux choisis : «C’est avec une vibrante émotion que je me présente devant cette honorable assemblée et dans cet espace prestigieux où ont été écrites des pages glorieuses de l’Algérie.» «Je ne saurai entamer la présentation du programme de l’équipe que je m’honore de diriger sans rendre un hommage appuyé aux valeureux combattants qui nous ont rendu notre dignité et nous permettent aujourd’hui de parler, ici, de l’avenir de nos enfants et de nos petits-enfants.»
«Ce gouvernement que je m’enorgueillis de diriger ne part pas de rien. Il s’appuie sur les efforts et les résultats colossaux des équipes gouvernementales qui se sont succédé, que vous avez reçues ici même, dans cet hémicycle et auxquelles je veux rendre un hommage solennel pour le travail accompli.» «Nous avons travaillé, nous travaillons et nous travaillerons encore avec acharnement, sans relâche, dans l’esprit de Novembre qui nous anime pour assurer au citoyen la vie meilleure à laquelle il aspire.»
«Certes, des difficultés objectives, parfois conjoncturelles ont pu perturber la marche en avant. Mais avec l’appui de tous, un appui dont je ne doute pas un instant, nous arriverons à concrétiser notre programme qui n’est en définitive que celui de son excellence le président de la République.» «Dans le secteur de l’éducation, nous comptons doubler le nombre de classes.» «Dans le secteur du logement, nous comptons tripler le parc immobilier à livrer avant avril 2009.»
«Dans le secteur de l’agriculture, nous comptons quadrupler les rendements et atteindre l’autosuffisance alimentaire, gage de la souveraineté et de la dignité nationales.» «Dans le secteur de l’emploi, nous comptons quintupler les postes à pourvoir.» «Dans le secteur de la défense nationale, nous comptons sextupler notre arsenal afin de dire à ceux qui prendraient notre sens du bon voisinage pour de la faiblesse que nous serons les gardiens féroces de chaque centimètre carré de notre terre sacrée.»
«Mesdames les députées, Messieurs les députés, Monsieur le Président, nous vous demandons de nous aider dans notre exaltante tâche au service de la patrie, tout en prenant acte de nos engagements devant l’opinion et devant Dieu. Vive l’Algérie ! Gloire à nos martyrs !». La phrase qui suit, par contre, ne figure pas et ne figurera jamais dans le discours d’un chef du gouvernement. Je vous la livre quand même : «je fume du thé et je reste éveillé à ce cauchemar qui continue !»
Hakim Laâlam

