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20 septembre 2008

Hommages

Ecrit dans : On remet ça

Ils sont très rares les hommes dont le curriculum vitae est une longue route droite, claire et nette ou une ligne ascendante jusqu’au sommet de la consécration et la chute normale, inéluctable dans la mort.

La plupart des hommes, (et nous ne retiendrons que les hommes célèbres, artistes, hommes politiques, chefs de guerre, car qui s’intéresserait à la biographie d’un chauffeur de la Rsta ou d’un contractuel de l’enseignement même en période de grève de la faim?) ont des cheminements sinueux, avec des tronçons éclairés lumineux, des passages obscurs entre des haies touffues, des traversées de tunnel (sans la Manche) ou des traversées du désert avec pour seuls compagnons leurs familles ou leurs intimes alors que dans les périodes de gloire, ils sont entourés, adulés, courtisés même selon leur fortune ou le poids de leur signature…

Effectivement, ils sont très rares les hommes célèbres dont l’enfance peut se prévaloir d’une originalité quelconque (à part E.A Poe qui a été trouvé accroché à la poitrine de sa mère morte ou Gengis Khan qui, orphelin, a dû fuir, très jeune, la vendetta d’un clan adverse), la plupart ont eu une enfance banale dans une famille modeste ou aisée entre un père indulgent et une mère entreprenante ou l’inverse.
On parle peu, en effet, de l’enfance des hommes célèbres à moins qu’ils n’aient écrit eux-mêmes leurs biographies (comme Gorki, Vallès…).

Ce n’est que quand ils s’engagent dans la vie active qu’ils attirent l’attention des autres: orateur célèbre, résistant héroïque ou artiste original dont les oeuvres font jaser dans les salons ou attirent une foule d’admirateurs.

Pour l’homme politique ou le chef militaire, le chemin est plus ardu: il peut connaître une gloire durable s’il arrive au pouvoir et qu’il peut distribuer des postes, des rentes ou des distinctions à ses thuriféraires, ou alors il peut connaître une gloire éphémère quand il passera dans les prisons ou sous les fourches caudines du pouvoir en place.

Il peut, après sa mort, connaître les louanges éternelles et insistantes de ses adversaires les plus féroces ou alors se voir reprocher un mot, une phrase, une attitude, composés bien des décennies avant sa disparition. Ferhat Abbas, premier président du G.p.r.a est de ceux-là: il a, toute sa vie, lutté pour l’émancipation politique et économique des gens de son pays.

Mais il l’a fait avec modération, sans empressement, sans démagogie. Il a connu la prison et l’humiliation du pouvoir colonial comme il connaîtra la reconnaissance des siens qui le portèrent (par calcul politique) à la tête de la plus haute instance du FLN. Attaché à la démocratie et à la transparence, il se verra, après l’Indépendance, marginalisé, mis en résidence surveillée par la force des baïonnettes. Il sera dénigré par les hérauts du pouvoir en place et mourra presque oublié. Chadli Benjedid, en plein congrès FLN, en apprenant son décès, se lèvera pour rendre hommage à ce grand homme reconnu comme tel, même par ses adversaires.

Invité en 1972, (dixième anniversaire de l’Indépendance) à un débat sur le plateau télé de la 2e chaîne française, il dira, après le visionnage des Chevaux du soleil, d’après Jules Roy, à son interlocuteur qui voulait l’amener à critiquer le régime des colonels: «Ces hommes ont été à l’école des humiliations et des prisons coloniales, ils ont su donner des leçons aux généraux sortis de Saint-Cyr…).» Le timbre émis par les services postaux n’est qu’une juste mais tardive reconnaissance du rôle que joua ce grand homme. A quand un timbre à la mémoire de Abane Ramdane?

Selim M’SILI


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